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15 février 2011 2 15 /02 /février /2011 12:15

  

Le printemps approche mais j'ai remis mes moonboots, mes moufles et mon gros bonnet pour affronter l'hiver vu par Rick Bass. 

Retrouvez les billets de Syl. , Vilvirt, Hélène, Emeralda qui ont aussi parcouru la Vallée du Yaak lors de cette lecture commune.

 

Winter – Rick Bass

WinterQuatrième de couverture

 

Winter est le récit de l'installation de Rick Bass et de sa femme dans un coin reculé du Montana en plein hiver. Pas d'électricité, pas de téléphone, juste un saloon à une demi-heure de route. Mais une vallée comme au début du monde, une nature splendide et cruelle. Par moins trente-neuf degrés, le rêve se fait parfois souffrance. Dans une prose lumineuse, le défenseur de l'environnement Rick Bass redécouvre, au terme d'un progressif dépouillement, l'essentiel.”


Il s'agit d'un journal qui relate l'expérience que Rick Bass a vécu avec sa compagne du 13 septembre 1987 au 14 mars 1988.

Après avoir cherché désespérément un endroit assez isolé et compatible avec leurs finances (très faibles), ces deux natifs d'états du sud (lui écrivain, elle peintre) et habitués à la chaleur, vont trouver leur paradis dans le Montana et partir à l'assaut de l'hiver - un défi, une expérience proche de la quête de soi.

Ils sont tombés sous le charme de la vallée du Yaak, tout près de la frontière canadienne, lieu idéal selon eux pour mettre de la distance avec leur vie d'avant. Même si s'installer si loin de la civilisation telle qu'ils l'ont connue peut paraître un acte insensé, ils ne vont tout de même pas être coupés totalement du monde. Dans la vallée du Yaak, en plus d'une vingtaine habitants – tous venus d'ailleurs pour les mêmes raisons que Rick et Elisabeth à savoir s'éloigner de la vie stressante de la ville et retrouver une vie plus proche de l'essentiel et de la nature – on compte un saloon, un magasin général et deux téléphones publics.

Ils deviennent, comme d'autres dans la vallée, gardiens d'une propriété qui doit être entretenue pendant l'hiver. C'est ainsi qu'ils s'installent dans un chalet dépourvu de tout confort : ni chauffage, ni électricité, ni téléphone. L'électricité, ou le chauffage au gaz, semblent d'ailleurs être considérés par les habitants du coin comme une faiblesse, à croire que si tu n'es pas venu là pour rejouer « La petite maison dans la prairie » , tu n'as pas ta place dans ce monde merveilleux. D'ailleurs, il n'y a pas que le confort matériel qu'ils veulent ignorer, il semble qu'ils ont également retrouvé un mode de fonctionnement ancestral (pas tant que ça pour certains) qui sépare très clairement hommes et femmes. Les femmes sont à la maison, occupées aux tâches ménagères (Elisabeth passe son temps à faire du pain tandis que Rick coupe du bois), elles se retrouvent entre elles pour des jeux de société alors que les hommes vont au saloon boire des bières et regarder des matchs à la télé. Les bons vieux fondamentaux n'ont pas l'air de rebuter ces deux citadins lettrés et cultivés... intéressant !

  

Bref, ils sont heureux dans ce merveilleux coin du Montana : la nature, sauvage, semble ne pas connaître les attaques de l'homme, et la faune y est chez elle. Wapitis, caribous, orignaux (attention à ne pas confondre), grizzlis, pumas et autres bestioles seront les seuls être vivants que Rick et Elisabeth côtoieront quelques fois pendant des jours.

 

Le journal que Rick Bass écrit parfois dans des conditions climatiques difficiles montre comment ces deux citadins du sud – enfin, surtout lui car on ne sait pas grand chose de ses aspirations à elle – vont préparer, attendre et vivre ce premier hiver.

La préparation est essentielle si on veut survivre à l'hiver et toute son énergie se concentre sur la coupe de bois, le nombre de stères nécessaire jusqu'au printemps. Il passe ses journées dans la forêt avec ce qui devient sa meilleure amie : sa tronçonneuse. Il admire la nature et se délecte de cet isolement qui lui permet de retrouver de vraies sensations. A l'occasion, il réalise qu'il n'est pas loin de se perdre : "Je commence à me dissocier de la race humaine. Je ne voudrais pas passer pour un malotru - mais ça me plaît. Ça me plaît même tellement que ça me fait un peu peur. C'est un peu comme si en baissant les yeux vers ma main, j'y voyais pousser un début de fourrure."

 

Sur le ton proche de la confidence, il nous fait part de ses découvertes, de son admiration pour les différentes espèces animales qu'il rencontre, de la beauté des paysages, mais aussi de ses doutes et surtout de son impatience à voir arriver cette neige et ce froid dont il n'a aucune expérience. Cet hiver qui n'est pas seulement une saison mais bien une véritable aventure.

  

Ce n'est pas sans une certaine inconscience qu'il se plonge dans cette aventure. Il s'est lancé un défi : survivre à ce premier hiver comme on passe un examen d'entrée du Grand Nord, montrer aussi aux autres qui sont là depuis plus longtemps qu'il peut y arriver, que son choix était le bon. "Quarante degrés au-dessous de zéro. Nous avons un peu peur. Nous sommes à la merci du froid. Nous l'espérons clément (...) »  Il l'attend cet hiver, et en même temps il le redoute.

 

Cette lecture ne m'a pas enthousiasmée au début. Même s'il s'agit d'un journal et non d'un roman, j'ai été gênée par le manque d'unité d'écriture. Certains passages retraçant le quotidien m'ont parus très lourds, très longs – surtout tout ce qui concerne le bon usage de la tronçonneuse. Mais quand on sait l'importance de ce bois pour leur survie et le fait que « il faut savoir que, pour Elisabeth, comme pour moi, tailler un crayon est en soi une grande aventure mécanique ... », on comprend son obsession. Il n'empêche que toutes ces explications mécaniques -même chose pour sa camionnette – m'ont profondément ennuyée.

  

Par contre, les passages où il parle des paysages, où il décrit les animaux, sont magnifiques. Il aime cet endroit, on le sent, et le fait sien :  « Je peux m'imaginer devenu si accro à cette vallée, dépendant d'elle à tel point pour ma paix intérieure, qu'elle en serait l'otage. » Et c'est là qu'on voit que cette aventure qu'il s'impose n'est pas seulement un caprice, mais que son inspiration est bien plus profonde. Il prend conscience des vraies motivations qu'il l'ont conduit là. Quand son père vient lui rendre visite au printemps, il lui dit « Tu as changé », et il lui répond «Non, pas du tout ». Il aurait pu répondre « Je me suis trouvé ».

  

En fait cet hiver qu'il a vécu dans des conditions extrêmes (même si j'ai appris que malgré ces conditions climatiques que je ne souhaiterais pas vivre, il est tout à fait possible de sortir pour aller dîner « en ville » ou aller prendre un verre chez les voisins) lui a permis de découvrir qui il était et ce à quoi il aspirait vraiment : « Il m'a fallu longtemps pour changer complètement – trente ans -, mais maintenant que j'ai achevé ma métamorphose, je n'ai aucune envie de reprendre ma forme initiale. »

  

Plus qu'un journal sur une installation dans une contrée hostile, il s'agit du journal d'une quête de soi et pour y arriver, il a fallu qu'il se dépouille de son ancienne peau.



Une lecture intéressante finalement. Les sensations y sont bien rendues : j'ai eu des courbatures à force de manier la tronçonneuse, j'ai admiré les paysages, côtoyé une faune sauvage et magnifique, et j'ai eu quelques engelures mais pas la grippe (l'air doit y être sain). Toutefois, l'hiver n'étant pas, et de loin, ma saison favorite, je n'ai pas senti d'empathie avec les habitants de cette vallée et surtout cela ne m'a pas donné l'envie d'aller habiter dans un endroit où on tourne les pages de son livre avec les doigts gelés malgré les gants et où on est épié par des orignaux mal élevés qui posent leur gros museau sur les vitres.

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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 19:12

 

J’avais déjà adoré La Servante écarlate de Margaret Atwood, je contine à découvrir cette auteure avec bonheur.

 

Le-dernier-hommeLe dernier homme – Margaret Atwood

 

Le dernier homme est un roman d’anticipation qui nous plonge dans un monde très proche du nôtre et pose la question des enjeux de la recherche scientifique et de ses limites.

 

Nous rencontrons Snowman, le dernier survivant humain sur Terre, qui chaque matin descend de l’arbre dans lequel il s’est installé un refuge. Il est sale, sent mauvais, s’enveloppe dans un drap en lambeaux et peu ragoûtant. Son quotidien est fait de quête de nourriture, de lutte contre une chaleur mortelle depuis la disparition de la couche d’ozone, de mise en place de stratégies pour éviter l’attaque de louchiens, de porcons, de rasconsses ou de malchatons, animaux issus de croisements génétiques créés dans le monde d’avant.

Il se parle à lui même, n’ayant plus personne avec qui échanger si ce n’est les Crackers – créés par Crake, son ami d’enfance - des « humains améliorés », d’une beauté extraordinaire, aux yeux vert phosphorescent, vivant nus, insensibles à la chaleur, sans pulsions d’aucune sorte, et qui se nourrissent d’herbe. Des êtres qui n’ont pas été doté d’intelligence, qui n’ont aucun passé et ne vivent que dans le présent. Leur savoir est rudimentaire, leur vie se résume à manger et se reproduire.

 

Margaret Atwood décrit un monde post-apocalyptique où tout est en ruine, où des cadavres humains sont encore visibles, ici ou là, comme des rappels de l’horreur passée. Y a-t-il eu une catastrophe écologique ? une dérive scientifique qui aurait éradiqué la race humaine ?

Rien ne nous est dit d’emblée. Nous suivons Snowman dans son quotidien et cette description alterne avec les souvenirs de son adolescence et de son amitié avec Crake, le génie de la génétique et responsable de ce désastre.

 

Petit à petit on découvre le monde d’avant, un monde où Snowman s’appelait Jimmy. Il vivait dans un complexe protégé – un compound – réservé aux employés des laboratoires et firmes scientifiques dépourvues d’éthique. A l’extérieur de ces compounds on trouve des plèbezones, villes où règne le chaos.

Le père de Jimmy, génographe, a créé les porcons, Le projet porcon visait à produire une gamme d’organes humains, irréprochables dans un modèle transgénique de porc knock-out. Les organes étaient destinés à faciliter les transplantations et à limiter les rejets, mais aussi à résister à des agressions de microbes opportunistes et de virus dont les souches se multipliaient d’année en année. "

Sa mère, dépressive finit par disparaître et devenir activiste.

Finalement son seul ami est et restera Crake, enfant puis jeune homme surdoué qui ira encore plus loin que les autres scientifiques en créant une nouvelle espèce d’hommes, les Crakers.

Jimmy et Crake ont passé leur enfance à surfer sur le net où tout est accessible : du plus innocent jeu vidéo aux pornos, en passant par des sites pédophiles, des sites spécialisés dans les exécutions publiques et ceux où on vient se suicider en direct.

C’est sur un de ces sites qu’ils repèrent Oryx une petite fille dont le corps aura été exploité par de nombreux monstres. Ils la retrouveront plus tard et en tomberont tous les deux amoureux. Mais pour Crake, sauver l’humanité de ses pulsions, donc de la guerre, de la maladie, voire de la mort, est plus important que l’amour. Et son obsession tournera mal.

 

J’ai aimé la rencontre avec Snowman, les détails de sa lute pour survivre, malgré tout, ses rapports avec les Crakers qui lui permettent de garder un lien avec son ancien monde et une certaine fidélité à Crake malgré l’horreur qu’il a engendrée. Les Crakers sont en quelque sorte les enfants de Crake et d’Oryx : Crake les a créés, Oryx les a éduqués. Snowman leur parle d’eux, il leur en parle comme de créateurs et organise autour d’eux une sorte de nouvelle cosmogonie.

Mais ce n’est pas tant le quotidien de Snowman dans ce monde déchu qui est intéressant, c’est la découverte des origines de la catastrophe, par petite touche. C’est l’enfance de ces trois personnages dans laquelle réside les raisons de l’anéantissement de la race humaine.

Margaret Atwood met parfois avec humour, mais la plupart du temps avec férocité le doigt sur toutes les dérives de notre monde, tous les dangers d’une recherche scientifique sans éthique ou d’une société qui oublie les valeurs humaines. Et elle le fait avec une écriture très inventive.

 


 

 

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24 janvier 2011 1 24 /01 /janvier /2011 12:05

 

Alors que j'allais partir de chez des amis après un déjeuner joyeux et détendu, ils m'ont arrêtée en disant "Attends ! attends ! il faut qu'on te prête un bouquin magnifique. Il est rangé où ?"

"Mais il était là sur l'étagère...",

"Non, tu as dû le ranger ailleurs..."

"Mais, non, je te dis. Regarde mieux ! "

Bref, j'ai failli m'impatienter et leur dire gentiment - en pensant à ma PAL déjà importante "Ce sera pour une autre fois, c'est pas grave..."

Et franchement, je ne regrette pas d'avoir passé un moment à les voir s'agiter pour retrouver LE fameux livre qui finalement était bien rangé à sa place.

 

Coup de coeurC'est mon premier coup de coeur de l'année. Que dis-je ? Une claque ! Un tsunami émotionnel !

 

 

Des HommesDes Hommes – Laurent Mauvignier


Un roman en quatre partie intitulées « Après-midi », « Soir », « Nuit » et « Matin ».


Dans la première partie Solange organise une fête dans son village. Sa famille, nombreuse, est là, et c’est un des frères, Bernard dit Feu-de-Bois , sorte de SDF, qui va faire tourner la fête à la tragédie. Rejeté par la majorité de l’assemblée , il va se venger en agressant une famille algérienne. Pourquoi Feu-de-Bois qui semble avoir perdu jusqu'à son identité est-il détesté par sa famille - à l'exception de Solange ? Qu'est-ce-qui l'a amené à ce degré de déchéance et de violence ?


Chacune des autres parties de ce roman va nous amener à découvrir qui était Bernard avant de devenir Feu-de-Bois. Avec une émotion que je n'avais pas ressentie depuis bien longtemps dans un roman, je suis allée à la rencontre de ce paria qui avant d'être rejeté par les autres s'est banni lui-même de l'humanité quarante ans plus tôt, en Algérie.


Des Hommes nous ramène à l'époque de cette guerre qui n'en était pas officiellement une, qui a fait de jeunes paysans des témoins, des victimes ou des bourreaux ou tout à la fois. Des jeunes qui sont revenus brisés, qu’on n’a pas autorisé à parler de leur souffrance car  « oui, bon, c'est pas Verdun ». Ce n'était peut-être pas Verdun, mais c'est bien cette guerre qui a fait de Feu-de-Bois une épave.


Pourtant, sur cette terre hostile, il a failli rencontrer le bonheur avec Mireille. Mais elle, comme tant d'autres, a dû rentrer en France, sans rien. Et les rêves de famille de Feu-de-Bois, de vie à l'abri du besoin, à la tête d'un garage se sont envolés.. Il se retrouvera finalement à travailler chez Renault, et abandonnera quelques années plus tard travail et famille pour revenir au village et devenir  cette loque hargneuse sans que quiconque devine pourquoi. Sauf bien sûr Rabut, le cousin qui a partagé avec lui et tant d'autres l'horreur de ces années en Algérie.


Rabut, le narrateur au début et à la fin  du roman, tout aussi traumatisé que Feu-de-Bois,  ne tient le coup que parce qu'il oublie sa douleur derrière celle de son cousin, jusqu'au jour où Feu-de-Bois s'en prend à cette famille algérienne et que tout remonte à la surface, « Alors, parler de lui, de Feu-de-Bois, Bernard, c'était déjà ça pour ne pas avoir à parler du tout ». Tout au long du roman, il se posera la nécessité de briser le silence. Jamais il n'a rien dit, même pas à sa femme « Nicole, tu sais, on pleure dans la nuit parce qu'un jour on est marqué à vie par des images tellement atroces qu'on ne sait pas se les dire à soi-même.».


C'est alors que dans le chapitre « Nuit » la parole est donnée à différents jeunes appelés qui ont partagé l'horreur avec les deux cousins. L’auteur y donne enfin à chacun l’occasion d’exprimer la douleur, la peur, la violence qui sera tue par la suite. De longues phrases qui m’ont quasiment mise en apnée, des retours à la ligne au beau milieu de ces phrases, comme des urgences qui doivent être dites, l’absence d’identité de ceux qui parlent, tout cela m’a parfois perdue. Mais cette polyphonie a pour effet de finalement rassembler tous ces hommes en un seul, et peut importe si on ne sait pas lequel a la parole : ils ont tous vécu la même expérience tragique et Laurent Mauvinier les rassemble dans un chant collectif.


Même si certaines scènes de bataille ou de torture ancrent le récit dans une réalité historique, c'est bien le non-dit qui est au cœur de ce roman. Et Laurent Mauvinier aborde avec subtilité le silence, l'indicible et les effets destructeurs qu'il peuvent avoir sur les hommes.«  Quels sont les hommes qui peuvent faire ça. Pas des hommes qui peuvent faire ça. Et pourtant. Des hommes. »


Vous l'aurez compris, ce roman à l'écriture si particulière, qui n’est pas sur la guerre d’Algérie mais sur l’après, m'a profondément marquée, au point de me laisser quelques jours sans rien pouvoir lire d'autre. 

 

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10 janvier 2011 1 10 /01 /janvier /2011 12:00


De pierre et de cendre

Linda Newbery


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Je ne vais pas raconter l’histoire (Syl. l’a très bien fait), ni la fin, ce serait un comble !

 

J’ai lu ce roman il y a plusieurs mois et je me souviens d’avoir été en colère et perplexe. En colère car j’ai eu l’impression que tout était « fabriqué » et de n’avoir eu affaire qu’à une contrefaçon. Perplexe parce qu’apparemment tout le monde aime ce roman, et que je découvre avec horreur que je ne suis peut-être pas assez «romantique».

 

Après quelques mois, il me semble que ce que je n’ai pas aimé c’est cette volonté de faire comme les sœurs Brontë, Wilkie Collins et tous ces auteurs que j’aime tant, sans y apporter une quelconque forme d’originalité. On sent bien l’hommage appuyé à la littérature anglaise du XIXe siècle, mais cela suffit-il à faire un bon roman ? Tout est tellement calqué en une succession de clichés de la littérature anglaise - Charlotte est la copie conforme de Jane Eyre, la trame du roman est la copie de La Dame en blanc… L’écriture elle-même est assez neutre et ne m’a pas fait frissonner. L’alternance de la voix de Samuel et de celle de Charlotte fait effectivement avancer l’intrigue, mais elle ne m’a pas fait ressentir d’empathie véritable pour les personnages. Contrairement aux auteurs auxquels elle veut faire honneur, Linda Newbery, n’apporte pas suffisamment de profondeur à ses personnages, il y a peu d’introspection, tout va un peu trop vite, il semble que seule l’intrigue compte et j’ai manqué de temps pour m’installer dans leurs humeurs, leurs interrogations, leurs découvertes…

Et que dire du moment de la révélation faite par Gidéon ? Un peu gros, non ? Là encore tout arrive beaucoup trop vite.

Et pour en finir avec les points négatifs, plutôt que le « quelques années plus tard », j’aurais préféré une fin ouverte sur cet avenir donné aux deux jeunes femmes dans cette fin de siècle qui leur était si peu favorable.

 

Bon, j’ai l’impression d’y être allée un peu fort, alors que quand même tout n’est pas si mauvais.

J’ai aimé la première partie, la rencontre avec ces personnages, même si je maintiens qu’ils manquent un peu d’épaisseur, la découverte de cette maison parfaite entre passé et modernité, et surtout la description des paysages et des jardins anglais. Presque tout, donc, jusqu’à la révélation de Gidéon !

Et puis j’ai quand même lu ce récit jusqu’au bout, sans le délaisser malgré tout. Mais surtout il m’a donné envie de me replonger avec délectation et en prenant le temps, dans les romans des maîtres et maîtresses du genre.

Il ne faut pas croire, ça me rend toujours un peu triste de dire du mal d’un livre….

Charles Courtney Curran
Peinture de Charles Courtney Curran  

Voir aussi chez  Syl. , Miss Alfie , Vilvirt , Céline , Karine , Hélène , George 

 

 

 

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16 octobre 2010 6 16 /10 /octobre /2010 12:42

 

Quand nous étions orphelins
Kazuo Hishiguro

 

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Quand nous étions orphelins a la saveur et le raffinement d’un roman anglais des années 30. Il y a le contexte historique – dans la concession internationale de Shanghaï, puis en Angleterre entre les deux guerres mondiales, et le parfum suranné des anciennes colonies. Il y a aussi une enquête comme pourrait en mener un personnage d’Agatha Christie. Cette enquête est menée par Christopher Banks que nous rencontrons tout d’abord enfant à Shanghai. Ishiguro prend le temps de nous faire partager le quotidien de Christopher, ses moments de connivence avec sa mère, ses jeux avec son jeune voisin japonais, Akira.

L’insouciance vécue par les enfants est rompue par la disparition des parents de Christopher et ce dernier est envoyé dans un pensionnat en Angleterre. Devenu adulte, fort de sa renommée de détective, il peut commencer l’enquête, sa quête : retrouver ses parents. Il va démêler les fils de ses souvenirs, ceux de l’histoire d’un lieu (Shanghaï, la Chine) et dans un même temps l’auteur va emmêler le lecteur dans ceux d’un récit qu’il prend le temps de construire, entre passé et présent du personnage principal, entre la grande et la petite histoire, le tout enrobé de retenue et de non-dit.

 Si je n’ai pas pu reposer ce roman avant la fin, ce n’est pas parce que cette enquête me tenait en haleine comme dans n’importe quel roman policier. C’est qu’avec une subtilité rare, Ishiguro hypnotise son lecteur, il le fait voyager dans les méandres de la mémoire, il tisse  autour de lui une toile universelle qu’est celle de la nostalgie d’un monde perdu - nostalgie du monde protégé et lisse dans la concession internationale,  nostalgie du cocon familial, nostalgie de l’enfance.

 C’est bien l’enfance qui relie les différents protagonistes – Christopher qui passera sa vie à ne pas la vivre pour une quête qu’il sait impossible, Sarah Hemmings dont il croisera à plusieurs reprises le chemin et qui elle est en recherche d’absolu pour combler le manque de ses parents, Jennifer, la fillette qu’il recueille et abandonne par la suite pour mener ses investigations à Shangaï , Akira qui cherchera à retrouver ses racines japonaises. Chacun traverse la vie sans  la voir, sans la vivre, trop occupé à vouloir retrouver cette parcelle d’eux qui leur manque si intensément. Et c’est une infinie tristesse qu’on éprouve pour eux.

 

A lire absolument.


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